Lu dans le Nouvel Obs


Je ne résiste pas au plaisir, à la veille des Municipales, de vous copier ce billet.

Rubrique : Livres
par Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur, Nº2262 SEMAINE DU JEUDI 13 Mars 2008

«Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être.» Seulement voilà, «il a pris la France et n’en sait rien faire». Dieu sait pourtant que le président se démène : «Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets; ne pouvant créer, il décrète; il cherche à donner le change sur sa nullité; c’est le mouvement perpétuel; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.»
L’homme qui, après sa prise du pouvoir, a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. «Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise.» On y ajoutera le cynisme car, la France, «il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue !». Triste spectacle que celui du «galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé». Le pamphlet, d’où ces phrases sont extraites, a paru en mai dernier chez Actes Sud (23 euros), lorsque Nicolas Sarkozy fut élu à la présidence de la République. On ne le doit ni à Airy Routier ni à Yasmina Reza. Il est signé Victor Hugo et s’intitule «Napoléon le Petit». Vendu sous le boisseau, en 1852, à 30 000 exemplaires, ce précis de résistance à l’usurpateur doublé d’un traité républicain réussit aujourd’hui la prouesse d’être à la fois rétrospectif et prémonitoire. Hugo le paya de vingt années d’exil. Il n’imaginait pas que sa postérité serait si actuelle. Nous en conseillons la lecture dès l’entrée au collège et préconisons l’adoption d’un volume par élève. Ainsi la grande littérature se mariera à l’instruction civique.

Le Nouvel Observateur

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6 réflexions sur “Lu dans le Nouvel Obs

  1. Excellent ! Merci pour l’article Claude, c’est vraiment exceptionnel que cela se reproduise 150 ans plus tard chez nous. Quand on dit que l’histoire fonctionne par cycle – ben on dirait que c’est vrai…

  2. Pour celui qui connait l’histoire, il sait que celle-ci se répète. Il n’y avait pas que Napoléon à être de ce modèle.Depuis, ils ont foisonnaient. Le dernier en date étant un certain Berlusconi, Vite suppléé au palmarès, par le nôtre !!

    Bonne journée !

  3. c’est génial et tellement bien senti … comme quoi ce style de personnage revient par cycle ?! Dommage que les gens ne l’aient pas plus compris aujourd’hui ! Dommage aussi que S. Royal ait été si peu soutenue par les siens …

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