La « Grande » Guerre


Ça m’a toujours choquée qu’on qualifie une guerre de « grande ». Je n’ai jamais trop compris qu’on se pavane et qu’on parle d’héroïsme, de médailles et autres décorations. Les hommes, en tout cas dans ma famille, sont allés à la guerre parce qu’ils n’avaient pas le choix.

Un article du Monde d’hier, sur la mort de Louis de Cazenave, l’un des derniers poilus m’a beaucoup émue. Voilà un homme qui savait de quoi il parlait.

Louis était né le 16 octobre 1897, à Saint-Georges-d’Aurac, en Haute-Loire. « Jeune et enthousiaste », il avait devancé l’appel en 1916. Il était parti se battre pour son pays, pour le drapeau. Il en était revenu, de la guerre mais aussi du patriotisme : « De la fumisterie, un moyen de faire gober n’importe quoi ! » Evoquer les tranchées amenait une réponse ulcérée. « Aïe, aïe, aïe ! Un truc absurde, inutile ! A quoi ça sert de massacrer des gens ? Rien ne peut le justifier, rien ! » disait-il.

Cet été, au détour d’une route, j’ai aperçu cette statue et me suis arrêtée au cimetière de Beuvillers, tout près de Lisieux.

Beuvillers monument to WWI

Monument aux Poilus de la Grande Guerre

Au pied du monument, on lisait Hardi les gars ! Et je me suis dit que c’était bien une idée de notables de l’arrière, de faire écrire des choses pareilles. Parce ‘les gars’, dans les tranchées, je ne crois pas que c’était ce qu’ils se disaient ! La statue, que j’ai trouvée émouvante, bien qu’elle soit guerrièrement flanquée de deux obus.
Dans le même ordre d’idées, mon amie Sarah m’a indiqué récemment le journal d’un combattant anglais de la guerre de 14, reconstitué par son petit-fils sous forme de blog. Il s’agit des lettres envoyées par cette homme, William Henry Bonser Lamin, à sa famille, que son petit-fils publie 90 ans exactement après leur envoi. Si vous lisez l’anglais, c’est vraiment un document à ne pas manquer.

  • Un article précédent du Monde ici
  • Mes photos du Monument au Poilu de Beuvillers ici
  • Une visite de l’exposition Amours, Guerres et Sexualités, ici
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10 réflexions sur “La « Grande » Guerre

  1. Quand j’étais jeune, j’habitais Verdun (55), inutile de te dire cet esprit qui flottait sur la ville (Le drapeau tricolore !!) Et je me souviens de ces petits facicules qui circulaient dans les milieux bourgeois. Chaque facicule relatait un fait d’arme d’un soldat ou d’un officier, français bien sûr. Quand à l’Allemand, il faut voir comment il était traîté. Je pense que ce devait être la même chose de l’autre côté du Rhin.

  2. et les femmes ont bcp souffert aussi, pendant les guerres il y a des viols supplémentaires. Ma grand mère était orpheline de guerre, elle a souffert énormément. Sa maman disait que c’était dur de tenir « une maison sans homme ». ma grand mère a été dans un orphelinat pendant un temps (son village avait été complètement brûlé par les allemands), et comme elle n’avait pas d’argent, elle devait faire le ménage. Elle me l’a fait comprendre après, son écoeurement de devoir faire ça alors que son père était mort au champ dit « d’honneur »… Toute sa vie a été marquée par les souvenirs de guerre. Et après … elle a vécu en tant que femme et jeune mère, la 2e guerre ! puis voir ses enfants partir appelés en Algérie. Je sais pourquoi je suis pacifiste et féministe. (Quant à Verdun dont parle Patriarch c’est une région que je connais … il y a des cimetières militaires un peu partout ! de Verdun il faut voir l’ossuaire …)

  3. M’enfin caporal Claude, ne subodorerai-je point là comme une effluve d’antimilitarisme primaire? 😉
    Sans manquer de respect à tous ces pauvres gens qui ont tant souffert dans ces époques meurtrières, je partage l’idée que toutes ces morts sont la faute d’une minorité souvent inconsciente, toujours barbare.
    Ce qui est triste c’est que dans notre époque un peu égarée force est de constater que des nationalismes inquiétants reprennent de la vigueur dans nombre de pays.
    Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part n’ont pas fini de nous nuire!

  4. Le Poilu qui habitait dans mon immeuble et qui est décédé il y a quelques mois, était lui aussi très en colère contre la guerre, et les décorations… En 2003, lors du début de la guerre en Irak, il désapprouvait fortement.

  5. André était né en 1897 , c’était mon père . Il déroulait les lignes entre l’arrière et le front et était très fier de connaitre le morse . Il avait pour habitude de dire, on a pas eu le choix mais vous les jeunes , il faut voyager , apprendre à connaitre les autres cela évitera les guerres ,belle utopie !

  6. Derrière les obus, des hommes, des deux côtés.
    La chose la plus belle que j’ai pu voir, c’est un homme qui avait « fait » la guerre et qui aujourd’hui a des amis en Allemagne, qui eux aussi ont subis la guerre.

  7. Comme disait mon arrière-grand-tante Alice, née en 1893, « Ils disaient que c’était la der des der, et puis on en a eu une autre. » Et elle avait toujours peur que j’en connaisse une aussi.

  8. Merci beaucoup pour: « Experiences of an English Soldier ». C’est très émouvant de le suivre, pas à pas. Aussi à lire: « À l’Ouest, rien de nouveau. » Roman écrit par Erich Maria Remarque, un vétéran allemand de 14, qui s’était engagé volontairement et est retourné au pays, dégouté des horreurs de la guerre. Mais, malgré tous les tristes évènements que nos familles ont vécus,et malgré tous ces sobres écrits,il
    semble qu’il y a toujours une guerre en marche, et une autre à l’horizon…De nos jours, ceux qui commencent les guerres n’ont pas à les diriger sur les champs de bataille.

  9. @ Claudia, oui, un blog très émouvant, et je trouve l’idée du petit-fils formidable. A l’Ouest, rien de nouveau, j’avais adoré quand je l’avais lu, vers vingt ans — il y a longtemps.
    @ Patriarch, on dit qu’il y a eu aussi beaucoup de fraternisation entre soldats ‘ennemis’, et si je ne me trompe pas, il y a même eu des soldats jugés et passés par les armes pour fraternisation avec l’ennemi.
    @ tous, malheureusement, le commun des mortels s’en allait mourir à la guerre alors que ceux qui les y envoyaient restaient bien au chaud chez eux !

  10. Effectivement,il y a eu des fusillades, pas seulement pour fraternisation,mais aussi pour refus d’aller au massacre programmé. Pétain a été soit disant le sauveur de Verdun, mais il a aussi été le général qui a ordonné ces exécutions !

    J’espère que jamais, il ne sera enterré dans la chapelle de l’ossuaire de Douaumont comme il le souhaitait.

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