Une gourmandise


Piled upL’un des nombreux livres qui m’ont été offerts pour Noël ! J’ai été très gâtée, y compris en livres en français.
En fin de compte, je lis très peu de livres en français. J’ai pris l’habitude de lire en anglais, tout simplement parce que le plaisir de la lecture dure plus longtemps pour moi. Je suis une lectrice très –trop ?– rapide, et lire en anglais me ralentit tout de même quelque peu. Donc ce petit livre, Une Gourmandise, de Muriel Barbery, dont la couverture est déjà un délice, avec ces gens entre deux haies de crème fouettée ou de mayonnaise, on ne sait, qui chevauchent des fouets, tels des monocycles, m’a mise en appétit.

      En salade, au four, en ratatouille, en confitures, grillées, farcies, confites, cerises, grosses et molles, vertes et acides, honorées d’huile d’olive, de gros sel, de vin, de sucre, de piment, écrasées, pelées, en sauce, en compote, en écume, en sorbet même : je croyais en avoir fait le tour et, en plus d’une occasion, en avoir percé le secret.
(…)
La tomate crue, dévorée dans le jardin sitôt récoltée, c’est la corne d’abondance des sensations simples, une cascade qui essaime dans la bouche et en réunit tous les plaisirs. La résistance de la peau tendue, juste un peu, juste assez, le fondant des tissus, de cette liqueur pépineuse qui s’écoule au coin des lèvres et qu’on essuie sans crainte d’en tacher ses doigts, cette petite boule charnue qui déverse en nous des torrents de nature : voilà la tomate, voilà l’aventure.

Un livre à savourer, qui m’a souvent fait rire, souvent cocasse, parfois grinçant, formidablement bien écrit, qui, je viens de m’en apercevoir, a eu le prix du meilleur livre de littérature gourmande en 2000.
Le héros en est le plus grand critique gastronomique de la planète, qui à l’heure de sa mort, est à la recherche de goûts de son enfance, un héros si on veut, tantôt adulé, tantôt dûrement critiqué par son entourage.

Un autre extrait pour vous mettre en bouche

      Ce fut un éblouissement. Ce qui franchit ainsi la barrière de mes dents, ce n’était ni matière ni eau, seulement une substance intermédiaire qui de l’une avait gardé la présence, la consistance qui résiste au néant et à l’autre avait emprunté la fluidité et la tendresse miraculeuses. Le vrai sashimi ne se croque pas plus qu’il ne fond sur la langue. Il invite à une mastication lente et souple, qui n’a pas pour fin de faire changer l’aliment de nature, mais seulement d’en savourer l’aérienne moellesse : ni mollesse ni moelleux ; le sashimi, poussière de velours aux confins de la soie, emporte un peu des deux et, dans l’alchimie extraordinaire de son essence vaporeuse, conserve une densité laiteuse que les nuages n’ont pas.

A consommer sans modération ! 🙂

Le blog de Muriel Barbery, avec des photos superbes de Stéphane Barbery

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12 réflexions sur “Une gourmandise

  1. J’espère que vous ne serez pas trop surprise, en tant que Française, si je vous propose un écrivain anglais à peu près du même genre: Nigel Slater – surtout pour « Toast » (un mémoir d’enfance conté au moyen des repas souvenus) et « Eating for England » (de petits essais sur les gourmandises quotidiennes).

  2. Pour la tomate, mangée dans le jardin, après juste l’avoir essuyer sur son sarrau, c’était vrai pour les années 50 à 60, ce n’est plus le cas maintenant. Sans sauce et le mitan enlevé, elles sont inmangeables.

  3. Claude: Ma (très distinguée)soeur dit de ce livre, »On en bave d’envie! » À cause des descriptions si tentantes dont tu as la générosité de nous donner deux extraits. Mais maintenant, à moins qu’on l’achète organique, il faut rincer la tomate nourrie d’insecticides. Et Patriarch a raison, elle n’a pas de goût.
    Autolycus offre un auteur culinaire (Nigel Slater) qui a surpris le monde entier, mais pas l’Angleterre qui le connaissait bien. Il est délectable mais son histoire est parfois triste. Et c’est réel, hélas!
    Je vois dans ta pile de livres,l’auteur Peter Robinson, un Anglais qui vit à Toronto. Je suis en amour fou avec son Detective Chief Inspector Banks. Je t’en prie, ne me l’enlève pas, Claude. Si tu te mets de la partie, je n’aurai aucune chance! With a wink and laughter…

  4. @ Autolycus, non, je ne suis pas surprise du tout et ai noté le titre de Toast pour quand j’aurai épuisé mes livres du moment 🙂
    @ patriarch, oui, des tomates comme ça, c’est vrai, on ne peut pas en acheter, mais j’ai souvenir des tomates que faisait pousser ma belle-mère dans son jardin qui étaient un pur nectar.

  5. Je lis également beaucoup plus en anglais qu’en français. Pendant l’été, j’alterne. Je vais moi aussi grapiller des références pour mes prochaines lectures.

  6. J’ai adoré ces deux livres et l’auteur … et grâce à toi je découvre son blog … et les photos un pur délice !
    J’avais fait un billet sur mon blog avec moi aussi des extraits de « Gourmandises », j’ai adoré ces livres …
    Ton blog est superbe te voilà dans mes lectures !
    Bises

  7. Buenas noches

    Y perdón por escribir en castellano, puedo leer francés (lo estudié 8 años, pero en serio sólo 4) pero me da miedo escribir en él.

    Me ha encantado « la elegancia del erizo », también l’ eau à la bouche con sus pasteles y comidas.

    ¿Qué es un glotof? ¿un cake alsaciano de almendras?

    Personalmente prefiero afrontar lo que creemos ser y tirar para alante.

    Desde Triana un abrazo.

  8. Jose Ignacio, je comprends très bien l’espagnol, mais moi aussi ça m’intimide de te répondre dans cette langue.
    Je pense que le gâteau dont tu parles, c’est un Kougloff, effectivement un gâteau alsacien avec des amandes.
    L’élégance du hérisson est dans ma pile de livres à lire, mais je n’en suis pas encore là.
    Merci de ta visite

  9. merci Claude

    Ya me he dado cuenta, un poco tarde.

    Y aprovecho para decirte que el cementerio de Sevilla (Cementerio de San Fernando) tiene algún rincón que tal vez te gustaría ver o fotografiar.

    Un abrazo de todas formas.

  10. Ah merci du renseignement pour le cimetière de Séville. Il y a bien longtemps que je ne suis pas allée en Espagne. Et j’y ferais bien un tour avec mon appareil photo. Mais je crains la chaleur, donc, il vaut mieux que j’y aille en hiver.
    Bises à toi

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