Vous avez dit « classique » ?


Le commentaire de Patriarch sur la musique classique m’a renvoyé à des tas de souvenirs.

Je n’ai jamais accroché au classique. Peut-être parce que, internes, nous étions obligés d’assister à tous les récitals donnés par notre supérieur, grand organiste devant l’Eternel. Le chanoine Pierre Camonin.

Moi, j’ai eu de la chance ! Tout comme Patriarch, j’aurais pu détester la musique classique, ne serait-ce que parce qu’on m’a mise au piano à six ans et que personne ne me croyait quand je disais que ça me faisait mal au dos.
Il faut dire que ma mère avait fait le Conservatoire de Varsovie et aurait voulu être pianiste.
Elle jouait très bien, en tout cas, pour une non-professionnelle, mais n’aurait peut-être pas eu l’étoffe ou le talent d’une concertiste.
En tout cas, chez nous, on écoutait beaucoup de musique classique. Et on allait beaucoup au concert.
Mais ce qui m’a vraiment accrochée à la musique classique, ce n’était ni le talent de ma mère, ni mes leçons de piano, mais les Musigrains.
Le jeudi, puisqu’à l’époque, le jour des enfants n’était pas le mercredi, mais le jeudi, à intervalles réguliers, sans doute une fois par mois, j’allais aux Musigrains.
Sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, Germaine Arbeau-Bonnefoy, dont j’ai retrouvé le nom sur Internet, nous expliquait la musique.

Holt Church

Je me souviens d’une séance sur l’opérette, en particulier, pendant laquelle on nous avait présenté des extraits d’opérettes. Les chanteurs étaient en costumes, il y avait un décor, sommaire, soit, mais tout de même, un décor.
D’autres séances avaient été consacrées aux divers instruments de l’orchestre. Rien d’abstrait dans tout celà, du concret, de vrais musiciens qui venaient pour transmettre leur passsion.
Durant l’une des séances, on nous avait expliqué ce qu’était un thème musical. Toujours avec des exemples concrets, orchestre et soliste se relayaient pour mettre en valeur le thème musical. Rien à voir avec les cours de musique tels que je les ai subis au lycée, la musique classique, aux Musigrains, c’était un plaisir, et ce plaisir m’est resté.
Quand ma fille a grandi, j’aurais aimé pouvoir l’inscrire à ce genre de programme, mais n’ai rien trouvé de ce type.

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17 réflexions sur “Vous avez dit « classique » ?

  1. étonnant que Maman, qui aurait aussi aimé que je sois pianiste, ne m’ait pas emmenée là. Elle n’a pas dû savoir que ça existait ! Pourtant nous n’habitions pas très loin à l’époque.

  2. Tu retrouveras aussi le chanoine Pierre Camonin sur internet. il est décédé, je crois à 100 ans. Son neveu qui était aussi interne suivait ses traces au piano. Je crois qu’il devait même aller au grand séminaire Français de Roma. Je me demande ce qu’il est devenu.

  3. Vous retrouverez sur l’internet le Dr. Wilfrid Pelletier qui, à Montréal dans les années 40, initiait la jeunesse à la musique classique, aux Matinées Symphoniques. Assis sur des chaises droites, dans une grande salle d’école (Le Plateau), nous étions tous subjugués par sa présentation de l’orchestre et des thèmes musicaux.À cause de ces concerts, j’étudiais le piano avec ardeur. Je suis devenue infirmière mais je n’ai jamais quitté le clavier. La « grande » musique m’a toujours soutenue aux moments pénibles de la vie. Je lui dois MERCI!

  4. Aussi un gros MERCI à Claude pour les sujets intéressants, émouvants et souvent amusants de ses sites: une belle découverte pour moi.

  5. @ Catherine, et tu aurais adoré ! Personne ne traînait des pieds pour y aller. C’était du spectacle !
    @ Patriarch, dis-moi, Patriarch, on dirait que la musique conserve ! 🙂 –ou alors c’est la religion !
    @ Claudia, merci à toi, tu es trop gentille !

  6. @ Patriarch, moi, j’ai dû naître comme ça 😉 Il faut dire que mes parents n’ont pas fait beaucoup d’efforts et que je dois avoir un tempérament incrédule !
    @Azélys, je n’ai jamais été en Bretagne et ça ne m’empêche pas d’apprécier les Bretons –et les Bretonnes ! 😉 Je cuisine comme un pied mais j’adore les blogs de cuisine et même si je n’ai jamais vu le Japon, j’adore les photos d’Asimutée !
    Voilà ce que tu fais ici ! C’est ce que j’aime dans les blogs, pas besoin d’être spécialiste de quoi que ce soit, on s’y promène et quand on aime, on y revient.

  7. J’ai moi-même fréquenté les concerts des musigrains.
    J’y suis allé sur la recommandation de mon professeur de piano qui étai élève de germaine Arbeau-Bonnefoy.
    Chaque année, quelques élèves des élèves de Germaine Arbeau-Bonnefoy étaient invités à donner un petit concert dans le magnifique appartement de Madame Arbeau, à Paris, dans l’Ile Saint-Louis.
    Je conserve de cette période deux souvenirs: le trac tant que je n’avais pas joué, la satisfaction d’une bonne exécution qui me valait des compliments de Madame Arbeau.
    Et puis, il y avait les concerts des Musigrains. J’y suis allé pendant plusieurs anées, tant que je n’ai pas eu de cours le jeudi après-midi.
    Il y avait un petit concours où il était possible de gagner un diplôme. ‘ai encore les citations obtenues lors de ces concours.
    Tout cela est loin maintenant, et j’en conserve un bon souvenir, sans nostalgie de ce temps passé.

  8. Chère Claude,
    C’est toujours une émotion particulière que de trouver des témoignages et des souvenirs des MUSIGRAINS, l’oeuvre de ma chère grand-mère. J’en ai moi-même un souvenir vif et plein de bonheur. Vous souviendrez-vous que dans chaque cycle de concert, on avait le choix entre trois horaires le jeudi après-midi, et que la salle du Théâtre des Champs Élysées se remplissait et se vidait trois fois de suite? J’avais 10 ans en 1965.Je passais l’ après-midi au théâtre. Le premier concert à écouter dans la loge de projection avec ma mère qui passait les diapo ( vous vous souvenez du noir qui se faisait de temps en temps pour laisser voir une photo ou un dessin explicatif sur le rideau du fond de scène, blanc avec deux franges montant comme des colonnes cannelées dorées ); le deuxième dans les coulisses, lieu extraordinaire, où je baguenaudais silencieusement entre les montants, allant de JARDIN à COUR derrière les décors, passant voir Ginette Zadok, dans son étroite loge tout contre le côté gauche ( Jardin) de la scène, d’où elle observait tout pour assurer la régie; elle disait: « noir! », et l’obscurité se faisait aussitôt, pour une projection ou pour un début de représentation de ballet, ou d’opéra comique; elle disait: »lumière! », et tout s’allumait, petit « fiat lux » d’une création sans cesse à refaire; Je repartais vers le fond, dans les loges des artistes, voir un pianiste qui se préparait, ou le chef Robert Blot, son grand sourire, et sa femme russe, poudrée et enfoncée dans ses fourrures- elle il fallait l’embrasser! je détestais poudre et fonds de teint odoriférants, tout ce rose qui me restait aux joues et parfois sur les lèvres…; pour le troisième je revenais dans la loge, si en fin d’après-midi il y avait quelqu’un de la famille ou un ami de passage, parfois mon père, retour du Palais de justice, s’il avait fini de plaider; souvent aussi je rejoignais mon grand- père à l’orchestre, à gauche, dans les 4e où 5e rangs; il assistait à tous les concerts, amoureusement.
    Mon grand-père amenait dans sa voiture ma grand-mère et son « staff » rapproché, les deux secrétaires du « bureau », au 4e étage de la rue St Louis-en -l’île; elles les appelait toutes: »mon petit », comme son employée de maison, comme Ginette Zadok, la régisseuse, et quelques autres. Je m’embarquais et me serrais à l’arrière, sur la banquette rouge de la DS gris, entre les deux secrétaires; il fallait ne pas parler à ma grand-mère, à l’aller, elle était nerveuse et se concentrait; elle faisait quelques exercices de diction:  » Brrra, Brrre, Brrri, Brrro, Brrru », en roulant des R, puis « Taddadda, Teddedde, Tiddiddi, Toddoddo, Tudduddu », en répétant chaque formule magique quatre fois… et sa voix s’en trouvait plus claire, la prononciation s’étant dérouillé- ça marche à vrai dire très bien, ce truc de scène, je l’ai essayé. On n’avait pas le droit de lui parler, mais elle parlait parfois; ce qu’elle disait me paraissait devoir s’écouter avec d’autant plus de révérence, que la voix m’était apparue comme un instrument fragile et malléable. On arrivait au théâtre, et nous avions le droit d’entrer et de nous garer dans la ruelle à droite du bâtiment, qui s’enfonce entre de hauts murs sombres, se coude, et atteint l’entrée des artistes. Je n’étais pas peu fier de passer par des voies aussi rares. Dans la salle aussi, j’évoluais fièrement comme en territoire conquis; je passais par le petit couloir tordu suivi de quatre marches, qui permettait ,au ré-de-chaussée, à gauche dans les couloirs de la salle, d’atteindre les coulisses. Il y avait là un « monsieur », en costume noir, préposé à la garde de cet endroit stratégique, cerbère mou et inexpressif à qui je disais régulièrement: « je suis le petit-fils de Madame ARBEAU », pour obtenir mon droit de passage. Quand il avait oublié, ou faisait mine de vouloir me refuser l’accès, j’étais furieux. Quand, quelques minutes plus tard je parvenais à trouver l’adulte garant de mon identité, je le regardais avec un oeil conséquent, écrasant, me figurais-je, très déçu de son in différence. Je galopais,dans les couloirs, les ouvreuses gentiment me poursuivaient pour me faire comprendre que le bruit pouvait s’entendre dans la salle du concert.
    Je me retrouvais à côté de mon grand-père, à écouter Manouche,- c’est ainsi que nous l’appelions, pas de « mémé », ou de « mamie » chez elle, elle refusait la vieillesse, les mots et les signes- de la mort , pas un mot, surtout pas, jamais! Elle étais éternelle. Du moins tant que dura mon enfance. Un soir, assis; adolescent à une de ces place de l’orchestre, elle perdit ses mots ne parvint pas à les retrouver au milieu de sa conférence musicale, devant la salle entièrement remplie du théâtre des Champs Élysées, la mémoire bronchait pour une des multiples premières fois. Un homme dans le public cria depuis l’ombre anonyme quelque chose comme « la retraite! » ou je ne sais plus quel mot pénible. Elle ne le comprit pas et demanda ce qu’il avait voulut, dire, au,milieu d’un murmure désapprobateur qui voulait la protéger. J’avais honte, j’étais rouge, d’une honte inextinguible. Il avait raison. Depuis quelques temps Manouche cherchait ses mots, achoppait dans son laïus toujours préparé sur fiches-mémoire… Il avait raison et cette inconvenance majeure éclatait en pleine salle, de façon sacrilège, vulgaire, agressive. C’étaient les premières atteintes de l’Alzheimer. Elle ne décida d’abandonner que plusieurs années plus tard, années où nous serrions les dents, peur des trous de mémoire qui arrivaient de temps en temps, puis de plus en plus fréquemment. Un jour elle nous dit qu’elle n’avait plus de voix, plus la voix pour cela, qu’elle s’en était rendu compte, qu’elle ne ferait plus de conférence, sauf exceptionnellement. Annonce un soir, fin (ou début?) de concert, murmure de sympathie et de refus. Elle ne trouva jamais quelqu’un de pleinement satisfaisant pour tenir sa place, des personnes agréables , douées, savantes, du métier, mais personne qui, apparemment reprenne le « rôle.
    Les Musigrains perdirent doucement du public, les subventions étaient de plus en plus difficiles à obtenir, après les glorieuses années soixante. Il n’y eut plus que deux, puis qu’un concert; les cycles se réduirent un peu. on ne put plus payer les Champs Élysées, on alla à Gaveau et au Chatelet. L’esprit n’était plus là, la formule avait sans doute vécu, à l’heure de la Télévision? On n’allait plus au cirque, on regardait les « meilleurs numéros » sur « La Piste aux ÉTOILES », mais c’est ainsi que je me suis éloigné du cirque. La représentation réelle, ses parfums de bêtes, de paille et de crottin, les sourires des ouvreuses en costume rouge avec tête emplumée, le foyer à l’entracte… la télé aseptise. Et rien ne vaut un concert.
    Mon grand- père mourut, brutalement,e n 1979. Ma grand-mère en eut un choc qui détériora cruellement ses esprits. Les Musigrains continuaient, elle se mettait toujours à son bureau, l’habitude de travailler sans cesse. Mais elle s’illusionnait, bougeait des papiers, retrouvait une vieille conférence, voyait la personne qui lisait ses conférences, puis qui bientôt les fit… Elle mourut en 1986. Il y eut un concert d’hommage, au Chatelet, et les Musigrains s’arrêtèrent.
    je vous ennuie peut-être à radoter mon enfance! La musique semble absente de mon récit. C’est qu’ elle est comprise en tout, qu’elle est pour moi depuis ce bain d’enfance, une nécessité vitale qui chante à mes oreilles en vous racontant ex improviso ces quelques souvenirs.
    Merci d’en avoir été le prétexte, et de m’avoir fourni l’occasion de les écrire.

    • Merci beaucoup pour le récit de ce que devinrent les Musigrains. J’y suis allée avec bonheur dans mon enfance au début des années 70 grâce à l’école primaire de Clamart qui emmenait plusieurs cars d’enfants à chaque fois.
      Madame Arbeau-Bonnefoy incarnait vraiment ces après-midis et sa passion et son charisme « scotchaient » tout le jeune public. Oui, je me souviens des diapos sur le fond de la scène et aussi des « quizz » à la fin de la session.
      J’ai parfois interrogé mes amis d’aujourd’hui pour savoir s’ils avaient connu les Musigrains et je me suis sentie un peu seule.
      Votre récit m’a beaucoup attendrie. Ce sont de beaux souvenirs.
      Vous aviez une admirable « Manouche » !
      Merci pour ces minutes de plongée dans mon enfance.

    • Merci Claude et Manuel pour ces témoignages, je suis un arrière-petit-cousin de Ginette Zadoc-Kahn (cuvée 59), avec bien sûr un passage aux Musigrains parmi bien d’autres personnes de ma famille et assimilées. Je serais très intéressé qu’il existe un jour un livre sur les Musigrains et j’avais suggéré le sujet à Anne-Charlotte Rémond quand elle faisait ses « Histoires de… », sans succès ! J’ai gardé un livret sur les instruments de l’orchestre que j’avais colorié ; j’avais été une fois chez Mme Arbeau-Bonnefoy en ayant bien répondu à un ou des questionnaires. Je serai intéressé d’avoir vos échos à ce projet. Cordialement, Laurent

      • Le projet de livre est en cours de réalisation, il a été annoncé aux « Dépêches Notes » de France Musique, mais avec une erreur dans l’adresse pour l’envoi des témoignages, qui est « les-musigrains@orange.fr ». Merci d’avance de votre attention et de vos témoignages. Cordialement, Laurent

        • Le livre est paru en décembre (papier et e-book), l’adresse pour les témoignages est toujours valable mais servira pour une prochaine version, et une interview aux « Traverses du Temps » est prévue pour mercredi 29 avec ma corédactrice Mme Lemoine ; elle sera réécoutable pendant 1000 jours… Cordialement, Laurent

  9. Pingback: Vieux, c'est mieux!!!

  10. Chez nous en R.Tcheque existent assi les cycles des concerts éducatives,
    j´ai en suis souvent participé, helas, sans l´influence sur mes capacité d´exercer l´instriments. Je ne sais pas ni chanter ni jouer l´instruments, mais j´adore les chansons francaises.

  11. petit fils de germaine ? déjà… germaine c’est mon enfance, rencontrée dans les années 30 en vacances, jean claude un ami d’enfance, il était né le 23 aout 1926, moi le 22… il étudiait le piano, bien sur et moi le violon (ma mère était prof de violon); deux couples amis, la maison de campagne le dimanche (celle de germaine et pierre) à maincy et le retour dans le spider de la v8 ford, le réveil en arrivant à la place de la concorde illuminée; on habitait rue de monceau, vous rue des archives; Pierre était propriétaire de l’émail diamant (le dentifrice) dont les fins de mois étaient parfois difficiles (germaine portait ses bijoux au clou pour payer les ouvriers)son frère andré était ténor (il est peut être encore sur le boites d’émail diamant), j’ai souvenir d’une représentation de l’acmé dont la fin a déclenché une immense crise de larmes quand le bateau s’éloigne caché par des voiles de tulle qui descendent les uns après les autres; germaine et ma mère faisaient des auditions communes… souvenirs d’éducation, jean-claude était au cours hattemer, moi à chaptal (comme mon père), on nous mettait les mains dans de petites machines qui manipulaient les doigts pour être souples et il y avait le rituel des débuts d’auditions, un pomme de terre au four brulante pour réchauffer les mains de jean claude et pour moi une claque (j’entends encore ma grand mère dire « tu lui as donné sa claque? »). La guerre a tout balayé, mes parents ont divorcé, tes grands parents n’ont pas voulu « choisir » entre les deux…J’ai entamé ma 85ème année, si tu veux quelques souvenirs il est temps

    J.Deflandre
    0142244181
    0621646061
    jean.deflandre@gmail.com

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